« Creating Country Music: Fabricating Authenticity » de Richard A Peterson (1999)

« Creating Country Music: Fabricating Authenticity » de Richard A Peterson (1999)

Creating Country Music: Fabricating Authenticity, Peterson, Richard A., University of Chicago Press, (1999)

 

Cette analyse ambitieuse présente un parcours intéressant de la forme musicale la plus populaire des États-Unis, soit la musique country.

L’authenticité « Country », une fiction basée sur des critères modernes

 

Le professeur Peterson (Sociology/Vanderbilt Univ.) argumente que l’authenticité est une fabrication culturelle et commerciale basée sur l’observation des générations précédentes de musiciens. L’authenticité découle d’une perception, ainsi que d’une sélection, de certains artistes et de certains morceaux comme représentatifs de tendances à long terme plutôt que de modes passagères.

 

Ainsi, comme ailleurs, un artiste (ou un morceau) dont les préoccupations ne trouvent pas écho chez les musiciens modernes n’est pas « authentique », même si son propos ou son style ne trouve pas preneur ou n’est pas représentatif de son époque.

L’« authenticité » est donc un jugement moderne et mécanique qui est ensuite rationalisé pour « prouver » sa véracité. On citera par exemple le cas du « Bluegrass », une pure fabrication des années 1940 ou encore — dans un autre domaine — le klezmer qui est une reconstruction totale et fictive d’un style musical provenant de l’Ukraine et dont il ne reste pratiquement aucune trace.

 

Le « Country Hardcore » et le « Country Soft Shell »

 

Le plus intéressant est la séparation de Peterson de la musique country en sous-catégories « hardcore » et « soft shell ».

 

Les interprètes « hardcore » jouent dans un style cohérent, écrivent des paroles confessionnelles et mènent généralement une vie parallèle qui reflète leur musique.

 

Les musiciens « soft shell », typés par le style de Grand Ole Opry et de Nashville, ont tendance à faire preuve d’une musicalité plus ouverte aux influences extérieures modernes, interprétant souvent des ballades qui avaient été rendues populaires par les auteurs-compositeurs et les musiciens sous d’autres formes et d’autres styles.

 

On notera cependant que, « hardcore » ou pas, le musicien « country » adopte un rôle qui ne reflète pas les racines historiques du genre. Ainsi, Hank Williams qui joue au cowboy (un trope cinématographique) en intégrant des éléments de musique cajun, de swing country, et de honky-tonk — trois styles hautement métissés et non traditionnels.

 

Pour Peterson, la souche hardcore, que le légendaire Hank Williams, dont la mort en 1953 marque la fin de la période de 30 ans que Peterson examine, est peut-être la plus « authentique ».

 

En conclusion : Tout en nuances et en anecdotes sur l’histoire folk et country

Bien que ses définitions soient volontairement floues, et il ne veut certainement pas manquer de respect aux interprètes « soft shell » (comme Kenny Rogers et Tammy Wynette) auquel il s’attarde dans son étude.

 

Parmi les anecdotes les plus intéressantes qu’offre Peterson, mentionnons que le terme « country » a remplacé le terme plus populaire « folk », en grande partie grâce aux efforts du sénateur Joseph McCarthy qui, au début des années 1950, a donné une étiquette « communiste » à la musique folk (représentée par Guthrie et Seeger) que les musiciens country voulaient éviter pour des raisons idéologiques et commerciales.

 

%d blogueueurs aiment cette page :