Folk contemporain : du Folk Rock aux auteurs-interprètes

Folk contemporain : du Folk Rock aux auteurs-interprètes

C’était inévitable.

 

Le revival de la musique folk américaine, dixit Greenwich, prenait de l’ampleur dans les années 50 et 60. Et du muscle économique.

 

Hautains, les folkies à poil prêchant la pure musique et la conscience sociale, étaient mûrs pour une récupération par un autre courant musical bien connu pour son appétit de titan (Cronos en tête), le rock.

 

C’est que le rock, perçu comme le cancre du fond de la classe, se cherchait une légitimité intellectuelle. Et les artistes folks des groupies.

 

Folk, voici Pop – Et Pop, voici Rock

 

 

 

Bien que le rock ait été auparavant perçu et créé presque exclusivement comme un divertissement, il a commencé à prendre le ton sérieux et moralisateur du folk dès qu’il s’est écarté des palmarès. De musiciens amateurs et teenager, le rocker devenait artiste.

 

 

Dylan – degré zéro du rock/folk… Quelle belle légende !

 

Le catalyseur de la fusion du folk et du rock commercial a été Bob Dylan, le jeune troubadour débraillé du folk revival, qui, dans l’un des nombreux mouvements audacieux de sa carrière, est « devenu électrique » lors d’une performance au Newport (Rhode Island) Folk Festival le 25 juillet 1965.

 

Le geste dramatique de Dylan, événement mythique du rock, n’a simplement confirmé un événement qui avait eu lieu depuis 10 ans au moins.

 

L’hybride avait déjà pointé sa tête et tâté du terrain à la fin des années 1950 avec l’énorme popularité de la folk-pop commerciale faite par des artistes de gauche comme Harry Belafonte et les favoris du campus universitaire, le Kingston Trio, dont les albums à succès mélangeaient du matériel traditionnel et contemporain.

 

Le matériel traditionnel du folk revival provenait de nombreuses sources différentes, parmi lesquelles les spirituals, la musique des montagnes des Appalaches, le blues rural et les ballades anglaises et celtiques.

 

Deux ans avant l’apparition notoire de Dylan à Newport, qui a frappé les puristes du folk comme une trahison, le trio folk-pop Peter, Paul and Mary avait atteint la deuxième place des charts avec une interprétation pop homogénéisée de l’hymne de protestation de Dylan « Blowin’ in the Wind ».

 

 

Le geste d’éclat de Dylan, qui suivait la sortie de son album déjà partiellement électrique « Bringing It All Back Home » (1965), n’a fait qu’accélérer l’assaut déjà croissant de la musique à saveur folk socialement consciente, faite d’un rythme rock et de guitares électriques.

 

 

Les Byrds, groupe-phare de la fusion rock et folk

 

Le genre a atteint un sommet d’élégance formelle dans la musique des Byrds, un quintet basé à Los Angeles (fondé par l’ancien musicien folk Roger McGuinn) dont le son était construit autour des guitares électriques à 12 cordes et des harmonies vocales influencées par les Beatles.

 

 

Au début de l’été 1965, les Byrds ont remporté un succès considérable avec la chanson « Mr. Tambourine Man » de Dylan. Leur deuxième succès numéro un, « Turn ! Turn ! Turn ! », qui est sorti à la fin de cette année-là, était basé sur l’adaptation par Pete Seeger de versets du livre de l’Ecclésiaste.

 

 

Dylan et les Byrds, assassins du folk traditionnel

Avec le succès conjugué des Byrds et de Dylan, le folk rock s’est imposé comme la tendance du moment, le pendant « pensant » du rock.

 

La position socialement critique du folk et du rock s’est rapidement élargie et diluée, et la relation entre la musique et ses sources traditionnelles est devenue plus ténue. Au final, le folk – sous l’influence du rock – s’est transformé en une question de « sentiment » et d’« attitude » plus que de strict respect pour le passé.

 

 

Nouveaux folks : Pop et Protest

 

Dès lors, le folk des sixties n’a eu de choix que de choisir l’un des deux camps possibles : pop ou protest.

 

Aux États-Unis, des groupes de rock folk comme les Mamas et les Papas, Buffalo Springfield, les Lovin’ Spoonful, Sonny and Cher, Simon and Garfunkel et Janis Ian personnifiaient une rébellion juvénile généralisée et souvent moralisatrice qui, dans ses chansons les plus pointues, était qualifiée de musique de « protestation ».

 

 

La quintessence de cette époque – bien que loin d’être le meilleur hymne rock folk – était « Eve of Destruction » de Barry McGuire, une liste haranguante d’injustices sociales qui s’articulait autour d’un vague avertissement apocalyptique, qui a atteint la première place en septembre 1965 (McGuire se recyclera d’ailleurs, une fois bien imbibé d’acide, dans un étrange carrière de cowboy cosmique born again, mais ça c’est une autre histoire).

 

 

« The Sounds of Silence » de Simon et Garfunkel (numéro un en janvier 1966) a lancé un avertissement tout aussi inquiétant dans un style plus doux et plus poétique.

 

La fin des sixties : apocalypse psychédélique… Et émergence des compositeurs-interprètes

 

Le folk rock s’est rapidement transformé au cours des années 70 en rock psychédélique et autres styles plus personnels, bien que certains groupes (notamment Crosby, Stills and Nash, Jefferson Airplane, les Grateful Dead) et auteurs-compositeurs-interprètes (Don McLean, Jackson Browne, Bruce Cockburn, Bruce Springsteen) aient continué à créer une musique pop socialement consciente et axée sur les au cours des années 1970, 1980 et 1990.

 

 

1970 : Le folkies se recyclent en auteurs-compositeurs

 

La Machine entend par auteurs-compositeurs, les musiciens professionnels interprétant des chansons autobiographiques au premier rang de la pop commerciale des années 70 qui creusaient le vieux sillon de la ferveur communale du rock des années 1960.

 

Pour la génération du baby-boom qui avait choisi le rock comme support du discours politique et social, la nouvelle prééminence des auteurs-compositeurs-interprètes, qui a duré jusqu’à la fin des années 1970, était une évolution naturelle.

 

Alors que des héros de la contre-culture tels que Bob Dylan, John Lennon et Paul Simon atteignaient l’âge de 30 ans, ils ont connu leurs premiers signes de mortalité et ont dû faire face à un avenir commercial incertain avec la fragmentation de plus en plus sauvage d’un marché de la musique orienté vers les jeunes.

 

 

Premiers albums de la veine auteurs-compositeurs au tournant des 70

 

Dylan, qui avait presque à lui seul fait passer la musique folklorique du domaine politique au domaine personnel au milieu des années 60, avait fait en sorte que des voix non formées et idiosyncrasiques puissent chanter leur « poésie-chanson » originale.

 

En 1970, après avoir quitté les Beatles, Lennon sort son album de confessionnal de thérapie du cris primal, le John Lennon/Plastic Ono Band, dans lequel il répudie la mystique déifiée du groupe.

 

Pour sa part Paul Simon, après sa rupture avec Art Garfunkel, a sorti un premier solo mélancolique, Paul Simon (1972), agrémenté dans le plus grande des joies de plusieurs chansons traitant de la détérioration physique et de la mort.

 

 

Puis l’Olympe des auteurs-compositeurs blancs de dessine..:

 

Au début des années 1970, un panthéon de solistes blancs, issus pour la plupart de la classe moyenne, se forme sous l’influence de Dylan qui a brisé la forme conventionnelle des chansons et le décorum vocal traditionnel. Entre autres :

  • Joni Mitchell,
  • Van Morrison,
  • Neil Young,
  • Randy Newman,
  • Cat Stevens,
  • Laura Nyro,
  • Leonard Cohen,
  • Jackson Browne,
  • Loudon Wainwright III.

 

Joni Mitchell : confession et vie amoureuse

Mitchell aplani la ligne narrative de Dylan dans des chansons d’une candeur et d’un raffinement poétique sans précédent sur sa recherche d’amour agitée à une époque hédoniste et sexuellement libérée. Au milieu des années 70, elle a ouvert le genre aux influences du jazz.

 

Neil Young : cynisme déglingué

Young, dans ses ballades acoustiques brutes, incarne un visionnaire hippie qui se débarrasse douloureusement de son idéalisme rêveur.

 

 

Van Morrison : mystique et bouillant

Morrison a créé des paysages oniriques cryptiques teintés de mysticisme celtique, chantés avec une diction savamment brouillée.

 

 

Randy Newman : éclectisme et syncrétisme

Newman, issu d’une famille de compositeurs hollywoodiens, a écrit des monologues dramatiques ironiques qui juxtaposaient les univers musicaux de Gustav Mahler, Stephen Foster et Fats Domino.

 

 

Cat Stevens : pop-folk au coin du feu

 Stevens, un mystique hippie anglais, a écrit des méditations impénétrables, fantaisistes mais assez folkloriques.

 

 

Laura Nyro : passionnée et privée

Nyro, très influent mais avec un succès marginal, a inventé un style au clavier intensément passionné et privé qui emprunte au gospel, au folk, au jazz et à Broadway.

 

 

Leonard Cohen : sexe et judaïsme

Cohen, un poète canadien devenu auteur-compositeur, a mélangé des images bibliques et érotiques dans des chansons folk-pop de haut niveau qui avaient une saveur de bourdonnement moyen-oriental.

 

 

Jackson Browne : devenir adulte

Les hymnes générationnels de Browne, à la recherche de la morale, empruntaient le vocabulaire harmonique des hymnes protestants. Pour plusieurs, cette quête reflétait le confrontation difficile d’une génération avec la vie d’adultes.

 

 

 

Loudun Wainwright : fou du roi à la cour folk

Wainwright, un bouffon comique brillant, a crevé la bulle de son propre sérieux et celui de ses pairs dans des vers légers et clownesques.

 

 

 

La mi-70 vers les années 80 : De Denver au Disco

Le genre a atteint son apogée commercial au milieu des années 1970 avec les ballades country-pop formelles de John Denver qui ont remplacé les révélations personnelles intimes par une bouffée de bonne humeur.

 

 

Parmi les autres auteurs-compositeurs-interprètes pionniers d’importance artistique, citons John Prine, un fabuliste et raconteur de l’Illinois, Tom Waits, un Californien qui jouait le rôle d’un hipster à la voix râpeuse et d’un saint beatnik des temps modernes, et l’homologue féminin de Waits, Rickie Lee Jones, dont les suites pop-jazz faisaient écho aux effusions de Nyro.

 

 

Bien que le règne des auteurs-compositeurs-interprètes ait pris fin avec la double poussée du punk et du disco à la fin des années 1970, le genre est resté relativement stable et les objectifs du marché se sont avérés extrêmement rémunérateurs pour quelques privilégiés.

 

 

 

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